Exposition "Fleurs plaisantes"

Exposition "Fleurs plaisantes"

lundi 4 juin 2018

Fleurs plaisantes ...côté cour (02/06-23/09/2018): guide de la visite




1. Le grand vestibule d’accueil : la lumière, source de vie


Au milieu du 18ème siècle, l’architecte Jean-Baptiste Chermane, lorsqu’il conçoit l’hôtel du comte de Groesbeeck, s’attarde à particulièrement accentuer la lumière naturelle. Créant des courettes puits de lumière de part et d’autre de l’entrée, il choisit de faire rentrer la clarté au cœur de l’édifice. Tout vibre dans une harmonieuse et douce ambiance. Les stucs rococo, tout en épaisseur crémeuse, s’animent alors, leur concavité et leur convexité végétale s’accentuant d’ombre et de lumière. A l’entrée de l’escalier d’apparat, une suspension ajourée d’Isabelle de Borchgrave, à la blancheur éclatante, rappelle celle des parois et y projette des motifs feuillus, prolongeant ainsi la dématérialisation de l’espace par les stucs.



Au centre du vestibule, trône une allégorie de la Charité signée F. Roucourt en 1794, dernière acquisition de la Ville pour son musée. Sculpteur lorrain, Roucourt est essentiellement actif dans nos régions au 18ème siècle. Spécialisé dans les sculptures de jardin en terre cuite, il travaille pour de nombreux clients célèbres tel que le Prince-Évêque de Liège. Sa Charité est un remarquable exemple de la sculpture du 18ème siècle, d’un style baroque dédramatisé. Elle tourne sur elle-même, dans une composition en spirale, entourée d’une nuée de putti (bambins nus), à qui elle donne le sein. Souvent, dès le 16ème siècle dans l’art des jardins, la Charité se confond avec l’Abondance, symbolisant alors le don de la vie comme la Nature distribue ses bienfaits. Un vase Médicis pot à feu (surmonté d’une flamme) en terre cuite répond à la matière et la couleur de la Charité sur le palier du grand escalier.

 

2. L’antichambre : « Dites-le avec les fleurs de Redouté »
 

Professeur de dessin de la reine Marie-Antoinette, de l’impératrice Joséphine de Beauharnais et de la reine Louise-Marie de Belgique, Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) est natif de Saint-Hubert dans les Ardennes belges. Grâce aux collections des Amis de l’Hôtel de Croix , le musée a réuni ici autour du portrait de l’artiste peint par Louis Bertin Parant (1768-1851), quatre de ses fragiles aquarelles (roses, œillet et jonquille, anémone et rose blanche et fleurs d’oranger). Redouté, outre l’admirable esprit botanique, offre une vision gracieuse et délicate de la fleur, si typique du raffinement plaisant du 18ème siècle.


Aux murs, des oiseaux paradisiaques folâtrent entre des rocailles et des rameaux fleuris peints sur fond de cuirs dorés et poinçonnés. D’une technique inspirée dans nos régions, aux 17ème et 18ème siècles, des cuirs espagnols de Cordoue, ce revêtement fut placé dans le musée dans les années 1950. A son éclat, répondent dans les angles, une horloge-cartel parisienne rococo tout en rocailles fleuries et sensualité du corps féminin et un miroir vénitien baroque aux boiseries touffues et au verres peints de graciles rinceaux. Chacun exprime la vision bien différente de l’utilisation du motif végétal ou floral : symétrique et dompté pour le Baroque, foisonnant et libre pour la Rococo. Une chaise de style rocaille et un fauteuil de style Louis XVI témoignent eux-aussi, dans le décor de leurs boiseries, de l’amour de l’ornement floral.

En face, une horloge de parquet marquetée est étrangement surmontée d’un panier fleuri et doré, gage d’une passion amoureuse annonçant la suite de la visite?

3. Le salon d’apparat : «  Comme un grand vent de fleurs »
 

Tel que pour une salle de bal, le mobilier régence et rocaille du grand salon compose une symphonie de détails fleuris et végétaux pour mieux mettre en valeur une collection de vases remarquables des 18e et 19e siècles : grand vase néoclassique de Jacques Richardot (1743-1806) à la fin du 18ème siècle, vases urnes de style Empire du début du 19ème siècle aux formes inspirées de l’Antiquité greco-romaine, vases multicolores à corolles découpées et au corps orné de fleurs et de boutons, si typiques du goût pompeux et théâtral de l’époque Second Empire (fin 19ème siècle). Aux murs, des œuvres peintes témoignent de l’évolution de la vision de la fleur du 17ème au 19ème siècle. Décorative dans le vestige d’un couvercle de clavecin du 17ème siècle où elle couronne la Charité/Abondance, elle s’affirme comme sujet dans un petit tableau fin du 17ème du Namurois Jean de la Bouverie II. Ici, la vision fanée et déclinante du bouquet se fait encore moralisante et chrétienne : notre vie n’est qu’une étape, peu importe la richesse, le pouvoir ou la beauté, il faut savoir rester humble et contrit. La tulipe, fleur luxueuse de l'époque, décline tandis qu'un papillon, signe de résurrection, s'envole.  Les fleurs, dont le lys marial et les fleurs divines d'oranger, s’épanouissent encore en guirlande dans une Vierge pastourelle (de pastoral, pâtre, berger, car elle est entourée de moutons) signée Redouté au début de sa carrière. Elles se libèrent ensuite en bouquet dans une belle composition champêtre du 18ème siècle dans laquelle des fleurs sauvages et cultivées se marient, parfois attribuée. Une série de trois grand dessus de porte jamais exposés et signés Jean Robie, célèbre peintre de fleurs bruxellois de la fin du 19ème siècle, nous donne une version d’avantage passionnée et romantique du sujet, si typique de l’esprit festif et démonstratif de cette fin de siècle bourgeois. Le musée remercie leur propriétaire secret, amoureux du musée depuis une certaine aventure de Montmirail...


Au centre, l’artiste Tian Shi a créé une chorégraphie aérienne de fées en papier éclosant de fleurs littéraires. Elles s’envolent, légères, dans la lumière du jour et des deux lustres parisiens et se multiplient, tourbillonnantes, dans le grand miroir de la cheminée, restauré récemment.

 
 

Sur deux commodes aux formes généreuses, l’artiste Laurent Pernot a réalisé l’ultime rêve de ses prédécesseurs, conserver à jamais l’image de la vie florale, avec deux bouquet de roses figées à jamais dans le givre et la glace ! En tuant par le gel ses fleurs en soie dépourvues de vie, il leur insuffle ainsi l’existence qu’elles n’ont jamais eue !
Mutine, une jeune fille en terre cuite, esquisse un pas de danse au son du biniou dont joue, de l’autre côté de la cheminée en marbre du sculpteur Vanden Base, un jeune homme qui animait autrefois un jardin du 18ème siècle. Ils annoncent l’esprit charmeur et coquin de la prochaine salle.

4. Le salon Louis XVI : « Conter fleurette »
 

Ce salon tendu de toiles peintes de style rocaille et fleuries offertes à la Ville, dans lesquelles insectes et oiseaux s’ébattent, abrite un charmant ensemble de fauteuils et canapé de style Louis XVI recouvert de tapisserie de Beauvais, dont les teintes roses et bleu pâle répondent aux boiseries et aux gravures qui décorent la salle. Un bureau du même style et une table à jeu hollandaise marquetée d’ornements floraux complètent l’ensemble. Le thème pastoral qui y est illustré figure l’amour sage et rougissant, l’art gentil de la séduction à l’unisson avec les six gravures exposées. La séduction toujours, s’exprime dans deux turqueries d’après Jeaurat dans lesquelles une courtisane et un sultan s’apprécient. Chose cocasse, c’est à la faveur d’une restauration, que les surpeints qui faisaient de la courtisane une orientale, lui ont rendu sa physionomie occidentale ! Sans doute qu’au 19ème siècle, la complicité d’une européenne et d’un oriental choquait les mœurs bourgeoises… Une jeune fille au sein dégagé, peinte par Lemoine, alanguie dans un boudoir, semble attendre son amoureux à moins qu’elle se remémore un doux moment passé avec lui ? Peut-être que Vénus et l’Amour, œuvre en terre cuite attribuée à Pierre-François Leroy (1739-1812), vont-ils décocher une flèche d’amour transformant le visiteur, lui aussi, en amoureux épris ? Deux petites têtes d’Amours du même auteur namurois complètent l’ensemble.


De délicats et graciles fleurs et rameaux fleuris de haute couture, confectionnés patiemment fil par fil, perle par perle, par la sculpteur textile Laurence Aguerre, fleurissent chacune des assises anciennes ainsi que le miroir de la cheminée, en réponse aux coloris et motifs du décor et du mobilier. A bien chercher, on y reconnaîtra des motifs et des couleurs tout spécialement inspirés des motifs du décor.

5. Le salon rouge : « Avoir les doigts de pied en bouquet de violettes ! »
 

Dans la pénombre discrète, Éros ou l’Amour de Le Roy, acquis fin 2017 par la Ville, s’est endormi. Tout comme lui, sculptées dans le marbre de Carrare, Vénus par Willem Hendrik Van Der Waele et Ariane sur un fauve par Johan Hendrich Dannecker, sensuelles, en profitent pour dévoiler, impudiques, le charme rococo pour l’une, néoclassique pour l’autre, de leurs courbes gracieuses et enivrantes, en écho à l’œuvre numérique « Flower Figures n° 2 » de Jean-Michel Bihorel. Cet artiste, armé de crayons tactiles, transforme à l’aide de programmes complexes des images modèles et compose ses œuvres dans sa réalité virtuelle à l’aide de manettes qu’il manipule dans l’espace ! 


Dans l’intimité de cette alcôve, on n’ose imaginer le suave point d’orgue d’une relation charnelle, lorsqu’à l’image d’un bouquet hérissé de violettes, les doigts de pied se tendent sous l’effet d’un plaisir divin absolu…

6. La salle à manger : « Herbes fines et fleur de sel, toutes belles à croquer. »
 

Au plaisir charnel répondent les plaisirs de la table. C’est dans le décor authentique des toiles peintes florales du 18ème siècle et des dessus de porte courtois, provenant tous de la fabrique Jan Remmers d’Amsterdam, que prend place la salle à manger des comtes de Groesbeeck. Même les chaises restaurées sont celles qui ont reçu leurs nobles séants ! Un fragile et raffiné service à chocolat en porcelaine allemande de Meissen est dressé sur la table. Ses teintes marrons étonnantes rappellent la couleur de cette boisson si prisée au 18ème siècle pour ses vertus aphrodisiaques. Le Big Mech (2013), hamburger métallique de l’artiste Émeric Chantier s’accorde avec lui pour mieux nous questionner sur l’universalité de ce symbole de la mauvaise alimentation qui se passe de couverts et de manières… Sur la cheminée, deux chandeliers accompagnés de couples d’amoureux dans la même porcelaine allemande de Meissen répondent aux groupes d’amoureux des dessus de porte. Aux murs, les œuvres actuelles « Papiers de Provence » de l’artiste Lionel Estève subliment la tradition de l’herbier et recréent un monde de nature vivante et colorée dans une poésie délicate et silencieuse où le regard se perd. 



Une splendide coupe de porcelaine namuroise du 19ème renvoie à un rare et monumental vase en verre d’Herbatte (Namur) tandis que quelques pièces remarquables d’argenterie namuroises précieuses aux délicats détails (collection des Amis de l’hôtel de Croix) s’accordent aux tout aussi délicates œuvres « Can » issues de la série des Consommables (2015) d’Émeric Chantier, ode à la Nature qui reprend ses droits en questionnant sur la perte des repères culturels au profit d’une mondialisation envahissante, polluante et vide d’esthétisme… Deux paires de putti, la Chasse et la Pêche, sculpture de jardin de F. Roucourt animent l’espace. A bien y regarder, l’un d’entre eux, couronné du croissant de Lune de Diane Chasseresse et à la poitrine naissante, est une petite fille, chose assez rare que pour être signalé.

7. Le vestibule : ultime roseraie


Témoins de la persistance des modèles anciens, quatre œuvres peintes des 19ème et 20ème siècles mettent en scènes des roses : un étrange tableau de roses, spirées et myosotis signé Redouté ( ?), de délicates roses d’Ernestine Pancoucke (1784-1860), des roses encore de la peintre namuroise Paule Bisman (1897-1973) et d’autres encore de Gaston Noelanders (1910-1987).

L’exposition évoluera durant les 4 mois en accueillant de nouvelles œuvres anciennes et actuelles et s’étendra « côté jardin » dès le 1er août avec des œuvres de Charlotte Marchal, Ruth Moilliet, Fabienne Christyn, Meshos et une composition florale de Arnaud Delheille. Votre billet d’entrée marqué du cachet du musée vous permettra d’y revenir gratuitement!